Interview de Thomas Rogaume, lauréat de l'Award "2020 Mid-Career Researcher"

Professeur à l’IRIAF, Thomas Rogaume est lauréat du prix « 2020 Mid Career Researcher » décerné par The International Association for Fire Safety Science. C’est la première fois qu’un chercheur français est récipiendaire d’un Award dans ce domaine.

Passé l’émotion de l’annonce, quels sentiments subsistent ?

C’est vrai, une grande émotion au début, beaucoup de mal à y croire. Avec le temps, c’est un mélange de joie, d’honneur, de fierté, mais aussi… une forte volonté de continuer et de faire encore mieux. Montrer que ce prix est mérité et que le jury international a eu raison de nous récompenser. En fait, l’émotion s’est transformée en motivation ! Je suis très content pour toute l’équipe de recherche que j’anime. Car si c’est un prix individuel, il récompense le travail de toute une équipe, des doctorants passés et actuels, des post-doctorants, etc. Ils donnent beaucoup et c’est la qualité de leurs travaux qui a été récompensée. Enfin, c’est mettre Niort et remettre Poitiers comme acteur majeur de la recherche en sécurité incendie et c’est une très belle récompense pour l’IRIAF et pour l’université de Poitiers qui ont soutenu nos travaux de recherche et sans qui il n’y aurait pas la plateforme Hestia qui est au centre de cette récompense. Bien sûr, je n’oublie pas mon laboratoire l’Institut Pprime, le CNRS et l’ISAE-ENSMA.

The International Association for Fire Safety Science reconnaît vos « remarquables activités de recherche en sécurité incendie », quelles sont-elles ?

Une des premières questions que je me suis posé est « pourquoi moi, pourquoi nous ? ». Nous savons que nos travaux sont renommés, reconnus. Nos publications sont nombreuses et lues, j’ai été à l’initiative de la création d’un groupe international de travail sur la pyrolyse des solides dans le cadre de l’IAFSS, je suis invité dans de nombreux jurys de thèse en France et à l’étranger et pour de nombreuses conférences invitées. Je suis dans des comités (de lecture, scientifiques) de colloques et de revues internationaux, mais il y a d’autres chercheurs comme cela…

Il faudrait ainsi avant tout demander à la communauté scientifique qui a voté et pourquoi ce choix…

Si je dois avancer des pistes, je pense que cette reconnaissance est liée à la qualité des travaux que nous avons initiés sur la décomposition thermique des solides, le développement des modèles de pyrolyse, et la démarche innovante que nous avons proposée. Celle-ci repose notamment sur une analyse détaillée des émissions gazeuses et le processus expérimental et numérique d’up-scaling que nous avons inventé pour le développement et la validation des modèles fait maintenant référence. Enfin, l’élargissement de nos recherches aux phénomènes d’inflammation et de propagation de flamme fait également école. En dernier lieu, je dirai que le fait que nous réalisions des études expérimentales poussées ainsi que du développement numérique est assez rare. En effet, souvent, les équipes font soit l’un soit l’autre. Nous, nous faisons des essais pour le développement numérique et couvrons les deux spectres. Nous pouvons faire cela grâce à un outil unique, de très haute qualité, la plateforme incendie Hestia que nous avons pu initier et développer par le soutien fort de l’IRIAF, de l’université de Poitiers ainsi que des financements régionaux, nationaux et privés (contrats de recherche).

Ces recherches ont des implications très concrètes…

En effet, nous travaillons depuis de nombreuses années avec de nombreux partenaires industriels, que ce soit des EPIC, des centres techniques, des mutuelles d’assurance, Calyxis-Pôle d’expertise des risques, des PME-PMI ou des grands groupes industriels. Ces collaborations sont très denses et elles répondent directement à des enjeux et à des problématiques pour ces partenaires, tout en nous permettant de développer de la recherche plus fondamentale. Nous sommes également engagés depuis plusieurs années dans des projets Européens et dans des projets de l’Agence Nationale de la Recherche. De manière générale, nos travaux concernent :

  • Le domaine du transport, notamment pour le développement et la mise en œuvre de nouveaux matériaux, plus légers et performants, tels que les composites.
  • L’habitat et la construction avec le développement de nouveaux matériaux (naturels et biosourcés), de nouveaux modes constructifs (isolations externes, feux de façades), de nouvelles architectures.
  • Des applications industrielles spécifiques, tels que les feux au sein des installations nucléaires, le stockage haute pression de l’hydrogène, les conduits de fumées et autres.

Ces travaux sont particulièrement soutenus par les récentes évolutions réglementaires liées aux lois ELAN et ESSOC qui favorisent le développement des études d’ingénierie de sécurité incendie. Nos travaux visent à l’amélioration des codes de calcul utilisés en ingénierie de sécurité incendie et pour cela, nous conduisons des expertises expérimentales poussées pour identifier et fournir les données nécessaires au développement, à l’initialisation (conditions initiales et aux limites) et à la validation des modèles.

Même après être lauréat d’un prix prestigieux, un chercheur ne s’arrête pas de chercher. Quels sont vos projets de recherche aujourd’hui ?

En effet, et comme je le disais, ce prix nous a encore plus galvanisé. Nous avons en ce moment 8 doctorats en cours et 2 post-doctorants. Nous sommes impliqués dans de très nombreux projets et sommes très sollicités ! Pour faire un petit état les lieux, nous sommes en 2020 :

  • Partenaire dans le projet Européen THOR sur le stockage haute pression de l’hydrogène.
  • Partenaire du projet ANR FRENETICS sur les feux de façades.
  • Impliqués dans le projet ANR MARINER sur les feux dans les grands ensembles multi-compartimentés.
  • Porteur de l’ANR Labcom et du projet Régional OPTIFUM avec l’entreprise Poujoulat SA sur les feux impliquant des articles de fumisterie.
  • Porteur du projet CPER/FEDER CHALEUR avec Stelia Aerospace et Rescoll et du projet « Plateforme comportement au feu – Programme Bâtiment Durable ».
  • Porteur de projets partenariaux avec FCBA sur les feux de façades, Efectis pour la prise en compte de la réaction au feu dans les codes de simulation numérique, l’IRSN sur la décomposition thermique et la combustion en milieu sous-ventilé, le LNE sur la décomposition thermique des solides et leur réaction au feu selon les conditions opératoires.
  • Impliqués dans les travaux du Labex Interactifs.
  • Enfin, nous travaillons avec le CSTB et l’université de Lorraine sur la simulation numérique du phénomène de Flashover.

Bref, on ne s’ennuie pas, sans compter les collaborations nationales et internationales que nous entretenons. Enfin nous travaillons à compléter la plate-forme incendie Hestia afin de nous maintenir à la pointe de la recherche dans le domaine sur la scène internationale. Ainsi, nous venons d’acquérir de nouveaux moyens de calcul haute performance et nous sommes en train de compléter nos expertises analytiques, notamment pour mieux décrire les transferts de chaleur et de masse : caméra thermique, caméra rapide, dispositif de mesure des champs de vitesse, etc.

Save the Date

24 janvier 2020, rendez-vous à 17h30 au Pôle Services de la MACIF (rue de la Broche, Niort) pour la cérémonie de la remise des diplômes des promotions 2018/2019 de l’IRIAF. Pour vous inscrire cliquez ici.

Projet FRUIT - Formation aux bons Réflexes dans les Usages de la cybersécurITé

L’IRIAF porte un projet innovant de cyber campus universitaire fédéré autour d’une plateforme de formation dédié à l’apprentissage des bons réflexes en cybersécurité et à l’amélioration de la résilience des organismes installés ou s’installant sur le territoire.

Dans le cadre de l’appel à projets Région Nouvelle-Aquitaine volet enseignement supérieur, l’IRIAF se propose d’innover une nouvelle fois en déposant le premier projet à l’université de Poitiers et dans la Région Nouvelle-Aquitaine  de mise en oeuvre d’un environnement virtuel de formation dédié à la cybersécurité : le « Cyber Range ». L’objectif est de former des futures responsables cybersécurité, de sensibiliser les personnels d’organismes de tout type, d’entraîner les équipes de sécurité et de développer leur expertise, de préparer efficacement les cellules de crise à une gestion pertinente des événements redoutés. Projet ambitieux, le projet FRUIT est un dispositif structurant un pôle de formation et de recherche sur les bons réflexes dans les usages de la cybersécurité au sein d’une cellule de crise.

La première phase de ce projet, dès 2020, est de développer le dispositif de formation « Cyber Range » au bénéfice des étudiants en formation initiale du Master Risques et environnement parcours Management des Risques des Systèmes d’Information (MRSI) et des étudiants d’autres formations sensibilisées au risque cyber.

Le dispositif Cyber Range permet notamment de :

  • Sensibiliser les usagers du système d’information à l’hygiène informatique.
  • Entraîner les équipes informatiques à répondre aux incidents de sécurité.
  • Entraîner les « Security Operations Center » (SOC) à identifier et correctement défendre un système contre les cyber-attaques.
  • Expérimenter la sécurité d’architectures informatiques particulières, dont des systèmes industriels au sein d’un système d’information complexe.
  • Acquérir les bons réflexes en termes de gestion de crise cyber, dans toutes ses dimensions (technique, organisationnelle, humaine, communicationnelle…) par une méthode pédagogique pertinente basée sur l’apprendre en faisant et la possibilité de répéter les exercices.

Un Cyber Range est une salle d’entrainement et s’appuie sur du matériel informatique supportant des virtualisations, de l’ingénierie pédagogique et informatique pour élaborer et mettre en œuvre des situations d’apprentissage, et des formateurs pour accompagner les apprenants pendant les séances.

Dans sa deuxième phase, le projet FRUIT est aussi support à une activité scientifique pluridisciplinaire en termes de conception d’un environnement virtuel de formation cyber (visualisation de systèmes d’information, métaphores graphiques de l’activité cyber…) et de son usage pour l’apprentissage des réflexes métier et la gestion du stress (jeux sérieux, effet du stress sur la prise de décision…).

L’évolution rapide spécifique du monde de la cybersécurité exige une implication de la recherche pour garantir la pérennité de la pertinence de l’offre de formation ; les apprenants des masters mention Risques et environnement (gestion des risques), de sciences cognitives et de math-informatique du Nord Aquitaine ainsi que des chercheurs des laboratoires adossés à ces masters seront parties prenantes, car la plateforme est un dispositif expérimental de l’interaction des opérateurs entre eux et à travers divers dispositifs techniques. Il nourrit aussi bien des recherches en psychologie (ergonomie, apprentissage, gestion du stress, collaboration dans les équipes…), en gestion des risques (efficience des PCA, acquisition des réflexes métier en gestion de crise, résilience des organisations…) qu’en math-informatique (stéganographie, cryptographie, cybersécurité technique, IHM, IA, SMA…).

Ce projet FRUIT s’inscrit dans la politique de l’université de Poitiers visant à transformer les pratiques pédagogiques universitaires dans une optique de formation tout au long de la vie en phase avec l’ancrage territoriale et s’inscrit dans la politique de la Région Nouvelle-Aquitaine d’accompagnement de la transformation numérique et plus particulièrement des enjeux de la cybersécurité comme sources d’opportunités de croissance pour les entreprises spécialisées du territoire.

En synthèse, FRUIT, un cyber campus universitaire de formation et de recherche

L’enjeu est de structurer un cyber campus universitaire sur le territoire de la Région Nouvelle-Aquitaine avec un projet pilote améliorant la résilience des organismes installés ou s’installant sur le territoire pour une offre de service de formation supérieure aux bons réflexes en cybersécurité.

La formation s’adresse aux apprenants en formation initiale et continue, aux personnels des entreprises, des collectivités territoriales et des administrations dans le cadre de la formation tout au long de la vie.

La recherche doit nourrir les enjeux de la formation. L’évolution rapide spécifique du monde de la cybersécurité exige une implication de la recherche pour garantir le développement et la pérennité de la pertinence de l’offre de formation. In fine, le projet FRUIT structurera un pôle de recherche sur les usages humains de la cybersécurité en développant des recherches pluridisciplinaires en gestion des risques, en mathématique et informatique et en psychologie.

ISSN 2110-5510

Directeur de publication

Jean-Marc Bascans

Contact mail

iriaf-com@univ-poitiers.fr

 


  • TV iriaf - suivre nos évènements