L'apprentissage dans l'enseignement supérieur en Nouvelle-Aquitaine, interview d'Alain Texier Directeur du CFA SUP Nouvelle-Aquitaine

Alain Texier nous livre sa vision de l’impact de la loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » sur l’apprentissage dans l’enseignement supérieur en Nouvelle-Aquitaine. Il est le Directeur du CFA SUP Nouvelle-Aquitaine dont les objectifs sont de développer l’apprentissage dans le supérieur en région Nouvelle-Aquitaine, de favoriser la professionnalisation et l’insertion des jeunes et d’être un acteur pédagogique de référence et innovant.

Quelles sont les évolutions majeures suite à la réforme de l’apprentissage ?

Maintenant, les actions d’apprentissage sont intégrées à la liste des actions concourant au développement des compétences. Les centres de formation sont soumis aux mêmes règles, le cas échéant adaptées, que les organismes de formation continue. Ces nouvelles dispositions impliquent trois évolutions majeures : la libéralisation du marché de l’apprentissage, le modèle de financement et l’objet même « organisme fondateur » que se doit d’assurer un Centre de Formation d’Apprentis (CFA).

La libéralisation du marché de l’apprentissage ?

Effectivement oui. La création des CFA devient libre. Une simple déclaration en préfecture suffit. L’autorisation du Conseil régional n’est plus nécessaire. Ainsi une structure ad hoc peut devenir « CFA » si sa déclaration d’activité mentionne explicitement l’activité de formation en apprentissage. L’activité est alors financée par le niveau de prise en charge financière des contrats d’apprentissage, appelée coût contrat.

C’est aussi un nouveau modèle de financement qui est mis en oeuvre…

Le paradigme financier du financement de l’apprentissage change. Il résulte d’un rôle accru de l’Etat dans la gestion plus globale des fonds de la formation professionnelle et dans la régulation du système. Nous assistons à un affaiblissement d’une gestion paritaire. Ce renforcement du rôle de l’Etat s’exerce via France Compétences où il est majoritaire et contrôle ainsi l’affectation des fonds de formation, l’enregistrement des diplômes et supervise les coûts de formation. Il s’exerce aussi via la Caisse des dépôts et Consignations et via l’Etat lui-même en charge de la mise en oeuvre du Plan d’Investissement relatif aux Compétences. Nous pouvons ressentir la remise en question du paritarisme de gestion en constatant la transformation des Opérateurs Paritaires Collecteurs Agréés (OPCA) en Opérateurs de Compétences (OPCO) qui n’ont plus la mission de collecter des contributions des entreprises.

Si nous comprenons bien, le financement de l’apprentissage se réalise par France Compétences suite à l’analyse des propositions faites par les branches professionnelles qui conduisent à la publication de coûts de prise en charge de référence. Exit les compétences des Régions, exit la taxe d’apprentissage au profit des branches professionnelles. Quels impacts financiers pour les formations en apprentissage dans la Région Nouvelle-Aquitaine ?

Le basculement de l’ancien paradigme de financement vers ce nouveau modèle est plutôt positif pour le CFA SUP Nouvelle-Aquitaine. En effet, si les CFA ne pourront plus compter sur les subventions des régions qui venaient compléter les versements au titre de la taxe d’apprentissage, le nouveau paradigme garantit que l’intégralité du coût du contrat sera pris en charge par l’OPCO selon les niveaux fixés/négociés par la branche professionnelle. De plus, depuis septembre 2019, nous savons, pour l’année de transition, que le coût contrat de référence sera quasi équivalent au coût préfectoral déjà défini en 2019. Selon mes estimations ce basculement de financement au contrat devrait permettre une augmentation du financement des formations en apprentissage pour le CFA SUP Nouvelle-Aquitaine. Ce n’est pas toujours la même réalité pour tous les CFA. Il est aussi à noter que les Régions pourront toujours verser aux CFA des subventions d’investissement si l’Etat octroie des fonds à cet effet.

Un autre aspect de la réforme change l’objet même d’un CFA…

En effet, la Loi impose qu’un CFA soit centre de formation et qu’il soit soumis aux obligations et règles de contrôle des organismes de formation continue. Pour le CFA SUP Nouvelle-Aquitaine, ce point pose le problème du regard du CFA sur les différentes Unités de Formation d’Apprentis partenaires. Pour mémoire, nos partenaires sont l’Université de Poitiers, l’Université de La Rochelle, ISAE-ENSMA, le CNAM Nouvelle-Aquitaine et Bordeaux INP. Si la possibilité théorique que chaque établissement pourrait créer son propre CFA existe, ma vision est que l’intérêt collectif doit primer et que notre CFA actuel doit rester une structure mutualisant les forces de chaque établissement et ainsi être le générateur d’économie d’échelle.

Il semble donc indispensable de renforcer votre rôle de coordinateur et de support à l’apprentissage sur le territoire ?

Oui, en mutualisant nos forces nous serons en capacité de développer l’apprentissage dans le supérieur en Nouvelle-Aquitaine. Cette notion de mutualisation doit permettre une économie d’échelle indispensable de la charge administrative de l’apprentissage, doit permettre d’avoir une stratégie d’ouverture de nouvelles formations en apprentissage (financements d’amorçages portés par le CFA) et de répondre à l’exigence nouvelle de qualité des formations en apprentissage. Si le CFA SUP Nouvelle-Aquitaine a obtenu la certification ISO 9001 qui atteste que  notre système de management qualité est conforme aux exigences de la norme, il lui est maintenant imposé, dans le cadre de cette loi, de suivre la qualité de chaque formation en apprentissage. C’est toute la chaîne de l’apprentissage de notre CFA qui maintenant sera régulièrement auditée. Pour ce faire, d’ors et déjà, une personne est missionnée sur cette tâche. Si chaque établissement devait assurer et garantir cette exigence de qualité, les charges administratives et financières seraient très importantes. Voici un exemple pratique d’économie d’échelle que propose notre CFA.

Pour plus d’information sur le CFA SUP Nouvelle-Aquitaine : cliquez ici.

L'alternance à l'IRIAF en 2019/2020

Depuis septembre 2019, toutes les années de formation en Master de l’IRIAF sont ouvertes à l’alternance, soit en contrat d’apprentissage, soit en contrat de professionnalisation. Opportunité saisie par plus de 40% de nos apprenants inscrits dans un cycle Master. L’alternance se réalise alors principalement sous le statut d’apprenti (61% des alternants). 40 contrats d’apprentissage sont signés à ce jour (17 en 1ère année / 23 en 2ème année) et 25 apprenants suivent leur formation de Master sous le statut de salarié en contrat de professionnalisation (2 en 1ère année / 23 en 2ème année).

 

L'IRIAF, un Institut de formation tout au long de la vie

L’IRIAF en 2024, un Institut de formation tout au long de la vie et de valorisation/transfert de la recherche en mesure et gestion du risque au service des apprenants et des acteurs du territoire.

La Formation tout au long de la vie est un continuum entre la formation initiale, générale ou professionnelle, et l’ensemble des situations où s’acquièrent des compétences : actions de formation continue, activités professionnelles, implications associatives ou bénévoles. Les actions de formation peuvent être réalisées par les employeurs ou « achetées » auprès de différents organismes. Selon le Ministère de l’éducation nationale et de la jeunesse, on répertorie en France plus de 48000 organismes de formation, publics (20% de l’activité de formation) ou privés (80% de l’activité de formation).

Suite à l’état des lieux du positionnement de l’IRIAF, de l’évolution du contexte de la formation continue en France et des évolutions majeures au sein des universités et de l’université de Poitiers en particulier, un axe stratégique de développement de l’Institut est la Formation Tout au Long de la Vie (FTLV).

Si le développement de la FTLV apparaît prioritaire pour l’IRIAF, se pose toutefois la question de l’équilibre de la répartition des moyens, au sens large, alloués à la mission formation de l’Institut. Cette question nécessite de réfléchir à notre organisation pédagogique, fonctionnelle et administrative pour répondre à ce nouveau challenge de la FTLV tout en s’appuyant et en confortant le cœur de métier et la vitrine de l’IRIAF que sont les formations d’excellences dispensées en formation initiale. Nous devons être en capacité d’évaluer nos pratiques et notre organisation pour s’assurer de l’efficience de nos actions. C’est pourquoi l’incrémentation de procédures d’amélioration continue au sein de l’Institut doit être également mise en œuvre.

Nous nous structurons, mais nous travaillons en parallèle sur l’organisation d’une action de formation continue professionnelle sur mesure avec un groupe bancaire. Dès que nous aurons contractualisé, nous pourrons vous présenter cette action de formation et vous illustrer plus précisément notre ambition d’être un Institut de formation tout au long de la vie.

ISSN 2110-5510

Directeur de publication

Jean-Marc Bascans

Contact mail

iriaf-com@univ-poitiers.fr

 

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