ENTREPRENEURS : SIMON ET FABIEN

Simon ROBLIN et Fabien HERMOUET , anciens étudiants de l’IRIAF, sont les créateurs de DuoRisK 
Vous avez tous les deux eu un parcours assez similaire, pouvez-vous nous le rappeler brièvement ?
Notre parcours universitaire est en effet assez proche : DUT Hygiène, Sécurité et Environnement, puis Master MRIE de l’IRIAF et Doctorat dans le domaine des Sciences de l’Incendie. Seule la Licence nous sépare !
Comment est venue cette idée de créer sa propre activité, de devenir entrepreneur ?
Ce projet mûrit depuis longtemps dans nos esprits. Au fur et à mesure des rencontres, des constats d’un besoin réel et d’une envie d’indépendance, nous avons choisi cette orientation pour créer une structure qui nous ressemble, DuoRisk, portant nos valeurs et les méthodes de travail acquises au cours de nos cursus universitaires et de nos différentes expériences professionnelles.
Quelle est votre activité ?
DuoRisk se positionne comme un organisme d’étude, de conseil et de formation dans le domaine de la gestion des risques industriels et environnementaux. Nos parcours respectifs nous permettent de proposer une expertise plus spécifique en matière de sécurité incendie. Notre offre de services est destinée aux secteurs privés comme publics, notamment pour les PME/PMI, les établissements recevant du public, les industries et les collectivités. Nous sommes localisés sur le site du Futuroscope et le rayon d’action de notre activité est limité, pour le moment, à l’ex région Poitou-Charentes, étendue à ses départements limitrophes.
Est-ce que la thèse est un élément favorisant le choix de devenir entrepreneur ?
Tout à fait, et ce pour trois raisons. Ce diplôme apporte tout d’abord une compétence scientifique et technique de plus en plus reconnue en France par les industriels. C’est un atout de poids dans le cadre d’une activité de conseil et de formation. La thèse nous a ensuite permis de développer un réseau important constitué de partenaires de choix, dont l’IRIAF est aux premières lignes. Nous ne sommes pas seuls et nous nous savons soutenus. Pour finir, les trois années de thèse apportent une vision à long terme sur des projets de recherche, vision qui peut être transposée à un projet comme celui de la création d’entreprise. Trois années de plus après le Master permettent aussi de prendre du recul sur ses envies d’avenir professionnel.
Quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontées le plus souvent ?
Pour le moment, nous avons rencontré quelques difficultés administratives menant à un léger retard dans notre programme de lancement. Nous devons également porter une attention toute particulière à la législation et à la gestion administrative d’une société de prestation de services dans notre pays. La formation de l’IRIAF nous aide énormément en cela.
Quelles sont les forces et les faiblesses des enseignements de l’IRIAF au regard de votre activité actuelle ?
La formation généraliste et professionnalisante de l’IRIAF permet une approche globale indispensable à notre métier. La connaissance du monde industriel et des collectivités amenée par les intervenants nous apporte aujourd’hui du crédit face à nos interlocuteurs. Pour ce qui nous concerne, nous avons souffert au départ du projet d’un léger manque de connaissances quant à l’entreprenariat. Tout ne peut cependant pas être dispensé en cours et ce manque est vite comblé par des recherches personnelles et les conseils de tierces personnes spécialistes.
Quel conseil donneriez-vous à  un étudiant d’aujourd’hui qui souhaite créer sa propre activité ?
Il faut prendre le temps de réfléchir et de mûrir le projet comme nous l’avons fait. Ce choix n’est pas sans répercussion sur la manière de travailler, sur les responsabilités, sur sa rémunération lors de la création, sur le mode de vie et sur les proches. Ce sont des choses à peser. L’expérience est néanmoins motivante et mène à la satisfaction de créer quelque chose qui sera partie intégrante de notre vie.

« D’abord continuer, ensuite commencer »

Si la Gazette de l’IRIAF est conçue pour vous informer sur la vie de notre Institut, aujourd’hui, elle est le support d’une information dramatique, le deuil. En ce 6 décembre 2017, Jonas Forger, étudiant en Licence Sciences du danger, est décédé. Nous pensons à lui. Nous souhaitons, à ses parents, à son amie, à ses proches, à ses camarades beaucoup de force et de courage pour surmonter cette terrible épreuve, ce grand vide. Au nom de l’ensemble de la communauté de l’université de Poitiers et de l’IRIAF nous leur exprimons nos plus sincères condoléances.
« D’abord continuer, ensuite commencer » (William James) à vivre avec ce vide, c’est ce que nous devons accepter. Continuer à travailler pour la réussite de nos étudiants et diplômés. Quel plaisir de vous présenter Simon et Fabien en nouveaux entrepreneurs suite à leur Master et Doctorat. Commencer à vous proposer la « chronique » de l’évolution de nos pratiques pédagogiques pour être plus efficient dans les apprentissages de compétences ; la première présente le « Data Challenge », véritable hackathon pédagogique fondé sur la multidisciplinarité, le travail collaboratif et le mode projet.

"HACKER N’EST PAS JOUER"

A l’origine, les hackathons sont une des manifestations de la contre-culture (parce qu’issus de la communauté des « pirates » — hackeurs — informatiques). Aujourd’hui, ils sont légion y compris en dehors des secteurs du digital. Les hackathons se sont ainsi largement institutionnalisés. Désormais, les entreprises, les start-ups et même les administrations utilisent ce vecteur pour innover, développer l’intrapreneuriat, communiquer et recruter. Dans le domaine de l’éducation, les hackathons sont de plus en plus considérés comme de vraies pratiques pédagogiques, comme l’expérimentent aujourd’hui les étudiants de l’IRIAF. De ce point de vue, les hackathons éducatifs constituent sans doute un modèle à suivre.

Initialement, un hackathon (contraction de « hacker » et de « marathon ») était un évènement réservé aux développeurs informatiques. Leur objectif était de contourner (hacker) le système de sécurité d’un réseau en un temps limité (marathon). Plusieurs fonctionnalités de Facebook (like, timeline, …) seraient issues de tels événements. La plupart des entreprises de la Silicon Valley et de la high tech en sont également friands. Progressivement, les participants et la finalité des hackathons se sont diversifiés. Aujourd’hui, les hackathons essaiment au-delà de la communauté des geeks et des entreprises du numérique. Ce qui fait aujourd’hui la force des hackathons, c’est en effet la diversité des métiers, des profils et des secteurs d’activité de leurs participants (1). Des ingénieurs, techniciens ou statisticiens y côtoient ainsi marketeurs ou designers, voire même recrues potentielles ou clients. En France, des banques et des compagnies d’assurances s’y sont également mises (CovéaMACIFIMAAxaBNP ParibasBanque populaireCrédit agricoleSociété générale, …,), de même que des sociétés de transport (SNCFRATP), des services publics (Assurance Maladie, …) et des ONG (2).

Les hackathons servent à imaginer de nouvelles solutions technologiques, de nouveaux produits ou services — si possibles « disruptifs » — dans bien des domaines. Pour ce faire, un hackathon est un cocktail détonnant alliant une pincée de travail en équipe (pluridisciplinaire) en mode projet, un zeste de collaboration, une mesure d’effervescence et de spontanéité, un soupçon de compétition, ainsi qu’une bonne dose de … caféine et de pizzas. Mélangez le tout, pendant 24 à 48h dans un lieu adapté (espace collaboratif) et avec un cadencement millimétré, et vous obtiendrez, dans le meilleur des cas, une solution innovante et fonctionnelle (si possible prototypée) présentée (« pitchée » en un temps limité) devant un jury conquis par tant de créativité et d’agilité. Le hackathon constitue en effet un terrain d’expérimentation idéal pour tester rapidement une grande diversité de solutions (à défaut de trouver LA solution idéale) susceptibles d’apporter une valeur ajoutée à ses organisateurs (3). De ce point de vue, les hackathons ont ringardisé les séminaires internes, les séances de team building ou autres brainstorming (2). Les entreprises, et même aujourd’hui les administrations, plébiscitent ces hackathons pour leur capacité à insuffler de la créativité, à favoriser la pensée critique et à stimuler l’innovation (4).

Ce succès des hackathons dans les entreprises et les administrations a plusieurs explications.

La première est qu’ils suscitent une forte adhésion auprès des salariés. Tout y est fait pour surprendre, faire vibrer et amuser les collaborateurs afin qu’ils repartent gonflés à bloc, débordants d’ambition et de projets (2). C’est notamment le cas pour les jeunes salariés de la « génération Y » (celle des « digital natives ») qui veulent être surpris et stimulés de manière créative, interactive, pragmatique, immédiate et « fun » (5). Les hackathons s’appuient également sur une forme de pédagogie active dans la mesure où chaque participant en est l’acteur et le coproducteur.

La révolution numérique favorise également le développement des hackathons puisqu’elle contraint les entreprises à se réinventer sans cesse pour rester dans la course. Aujourd’hui, il leur faut réfléchir à leurs produits et services en tenant compte du big data, de l’internet des objets, de la réalité augmentée, de l’intelligence artificielle ou des imprimantes 3D (2). Dans ce contexte, l’innovation ouverte (open innovation) devient la règle et ne relève seul des (couteux) services de R&D. Les entreprises cherchent alors à rendre leurs salariés acteurs de l’innovation, à favoriser la prise d’initiative et à encourager l’intrapreneuriat en leur sein (2). Le tout pour un cout somme toute limité dans la mesure où les gains générés par les retombées médiatiques et organisationnelles (en interne) compensent généralement l’investissement requis pour organiser un hackathon.

Dans le secteur de l’éducation, les hackathons se développent également à vitesse grand V. Les universités, comme les écoles d’ingénieurs et de management, multiplient ces évènements à la fois ludiques et pédagogiques à destination de leurs étudiants … et futurs étudiants. Les hackathons éducatifs — au même titre que d’autres méthodes pédagogiques innovantes (serious game, apprentissage par projet, …) — contribuent à casser les codes de l’enseignement en favorisant un dispositif pédagogique innovant fondé sur la multidisciplinarité, le travail collaboratif, le mode projet (6) et, in fine, le développement des compétences (savoir-faire et savoir-être) des étudiants. Ils permettent également aux universités et aux écoles de se rapprocher du monde des entreprises qui, bien souvent, y participent elles aussi. Les sujets traités y sont en effet généralement émergents et le fait que des étudiants y apportent un regard neuf en les défrichant constitue souvent une véritable valeur ajoutée pour les entreprises partenaires. Celles-ci peuvent également profiter des hackathons éducatifs pour détecter leurs futurs stagiaires, alternants ou collaborateurs.

C’est dans cette perspective que s’inscrit l’IRIAF à travers la deuxième édition de son Data challenge à destination des étudiants du Master SARADS (voir Gazette de l’IRIAF n° 38). Cette année, ce « datathon » aura lieu du 28 février au 2 mars dans nos locaux. Pendant 48 heures, les étudiants, coachés par des professionnels de la statistique et de l’actuariat d’entreprises niortaises, manipuleront d’importantes bases de données dans un but qu’ils découvriront le jour J. Nous aurons l’occasion de vous en reparler le moment venu.

(1). E. Spaulding, G. Caimi, Hackathons Aren’t Just for Coders, Harvard Business Review, n° 104, 2016.
(2) M. Barabel, O. Meier, Les hackathons dépoussièrent les séminaires d’entreprise, Capital, 15/11/2017.
(3) Friedemann C., Les hackathons d’entreprise, une façon simple d´amplifier votre agilité, Les Echos, 03/01/2017.
(4) M. Calco, A. Veeck, The Markathon: Adapting the Hackathon Model for an Introductory Marketing Class Project, Marketing Education Review, vol. 25, n° 1, 2015.
(5). J. Eckleberry-Hunt, J. Tucciarone, The Challenges and Opportunities of Teaching Generation Y, Journal of Graduate Medical Education, 2011.
(6) Gerlach A., Les hackathons cassent les codes de l’enseignement, L’Etudiant, 24/03/2017.

ISSN 2110-5510

Directeur de publication Jean-Marc Bascans

Contact mail iriaf-com@univ-poitiers.fr


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