PAROLE DE CHERCHEUR

James K. Hammitt est Professeur d’Economie à Harvard University et directeur du Harvard Center for Risk Analysis. Il était l’un des conférenciers invités des Journées Internationales du Risque (JIR) qui se sont déroulées en juin 2016 à l’IRIAF.
GR : Sur quels thèmes portent vos projets actuels de recherche ?
James K. Hammitt : Un de mes axes de recherche porte sur l’amélioration de l’analyse coût-bénéfice. Actuellement, je travaille sur l’estimation de la valeur des risques de santé. Je cherche notamment à déterminer le coût social du carbone afin d’estimer la valeur des dommages occasionnés par les émissions des gaz à effet de serre.
GR : Quels liens nouez-vous avec la France et que vous apportent la french touch en économie ?
J.K.H : C’est Louis Eeckhoudt, avec qui j’ai écrit quelques papiers sur la théorie de la décision, qui m’a introduit auprès des meilleurs économistes du risque francophone (Christian Gollier et Nicolas Treich notamment). Ils m’ont invité à passer une année sabbatique à Toulouse et j’occupe actuellement une chaire Idex à l’école d’économie de Toulouse.
GR : Pouvez-vous nous dire un dernier mot sur les JIR 2016 ?
J.K.H : J’ai été impressionné par la qualité et la diversité des papiers qui ont été présentés. Pour moi, un sujet important est la tension entre les modèles normatifs et les modèles prédictifs des comportements des acteurs. J’ai eu la chance d’assister à quelques présentations très intéressantes sur cette question.

EVENEMENT

Le 4 juillet dernier, Etienne Mathis a soutenu sa thèse dans les locaux de l’ISAE-ENSMA. Intitulée « Évaluation du risque d’inflammation de gaz imbrûlés au cours d’un incendie en milieu sous-ventilé », elle a été réalisée dans le cadre du projet de recherche Périclès. Soutenu par Areva, ce programme vise à étudier les probabilités d’occurrence et les conditions associées au Backdraft (explosion de fumée). Sous l’encadrement de Franck Richard, Jean-Pierre Garo et Thomas Rogaume, Etienne a défini et développé un modèle permettant de déterminer la capacité d’un mélange de fumée et d’air frais à s’auto-enflammer. Après la détermination expérimentale de la composition des mélanges gazeux selon les conditions de combustion couramment rencontrés par Areva, Etienne a déterminé, pour chacun des mélanges, les conditions de leur auto-inflammation.

 

UN REGARD SUR... LE RENONCEMENT AUX SOINS

Aujourd’hui, la lutte contre les inégalités de santé constitue un axe majeur des politiques de santé. De fait, l’accès aux soins en France est encore marqué par un important gradient social. Dans ce contexte, l’indicateur de renoncement aux soins est considéré (par les spécialistes et les décideurs publics) comme un instrument pertinent pour mesurer à la fois les déterminants de ces inégalités d’accès aux soins et leurs conséquences sur la santé.

Dans une étude récente, l’Institut de Recherche et de Documentation en Economie de la Santé (IRDES) a montré que près de 26 % des français déclarent avoir renoncé à au moins un soin pour raisons financières durant l’année. La même étude a également montré que, pour les français sans couverture complémentaire ou universelle (ils sont aujourd’hui plus de 2,4 millions), les taux de renoncement aux soins étaient encore plus marqués, notamment pour les soins d’optique ou dentaires moins bien pris en charge par l’Assurance maladie. De la même manière, l’IRDES a montré que les délais d’attente pour obtenir un rendez-vous médical, tout comme l’éloignement géographique des patients ou leurs difficultés de transport, pouvaient expliquer près d’un renoncement aux soins dans l’année sur cinq. Les facteurs financiers ne sont pas les seuls à expliquer le renoncement aux soins. Des travaux ont, par exemple, montré le rôle joué par le manque d’information du patient (méconnaissance des droits, des filières de soins et du système de santé), son isolement social, son aversion au risque (mesuré par des comportements à risque comme la consommation d’alcool ou de tabac), sa préférence pour le présent (absence de prévention), ou par le système de soins (pratiques tarifaires des professionnels de santé, non inclusion des patients à des filières de soins ou à des réseaux de santé), etc.

Les études sur le renoncement aux soins ont également souligné un lien entre le renoncement aux soins et l’état de santé du patient. Dit autrement, ces études montrent que renoncer à des soins entraîne un risque plus important de dégradation de l’état de santé. Ce lien a été vérifié auprès de différentes populations, pour différents types de soins (médicaux, dentaires, optique…) et pour différentes formes de renoncement aux soins (pour raisons financières, informationnelles, spatio-temporelles…).

C’est dans ce cadre que s’inscrivent nos travaux sur le renoncement aux soins des femmes durant leur grossesse, dont l’intérêt est double. D’une part, la question du renoncement aux soins et de son impact sur la santé n’a pas véritablement fait l’objet d’étude sur cette population, sans doute parce que leur prise en charge est l’une des plus complète au monde et que, par conséquent, on se s’attend pas a priori à ce que les femmes renoncent à des soins durant leur grossesse. D’autre part, les quelques études sur l’impact du renoncement aux soins sur la santé recensées recourent systématiquement à des données de santé déclaratives (suite à des enquêtes par questionnaire) et donc relativement subjectives. Les données de l’Enquête Nationale Périnatale auxquelles nous avons eu accès contiennent, au contraire, des données de santé directement issues du dossier médical des patientes et donc objectives.

Nos travaux font ressortir plusieurs résultats significatifs. Tout d’abord, les déterminants du renoncement aux soins chez les femmes enceintes sont multiples. Elles renoncent ainsi à des soins durant leur grossesse en raison de leur condition sociale ou de leur histoire médicale personnelle (antécédents), mais également par ignorance (manque d’informations, isolement social) ou par choix (comportements à risque, expérience de la grossesse, problèmes psychologiques). Le mauvais état de santé de l’enfant à la naissance a également de multiples causes (comportements à risque durant la grossesse, problèmes rencontrés par la mère ou l’enfant durant la grossesse…). A contrario, les déterminants socio-économiques (diplôme, nationalité, situations familiale et professionnelle, couverture médicale) ou psychologiques de la mère n’ont pas véritablement d’effet sur la probabilité que son enfant ait des problèmes de santé à la naissance. Enfin, le renoncement aux soins apparaît comme un comportement à risque avéré qui conditionne, en grande partie (avec l’état de santé de la mère durant la grossesse), l’état de santé de l’enfant à la naissance. Ces résultats militent pour une meilleure information des femmes enceintes sur l’importance du suivi de grossesse et pour une meilleure prise en charge des dépenses de santé des femmes dès le début de leur grossesse.

Lydie Ancelot, Liliane Bonnal, Marc-Hubert Depret

Quelques travaux des enseignants-chercheurs de l’IRIAF sur la question

Ancelot L., Depret M.-H. (2013) « Santé et grande précarité : une analyse empirique d’un dispositif d’accompagnement des femmes enceintes », Revue d’Épidémiologie et de Santé Publique, Vol. 61, Supplément 4, octobre, p. S207.
Ancelot L., Depret M.-H. (2016) « Le renoncement aux soins chez les femmes enceintes : une analyse empirique à partir de l’Enquête nationale périnatale », Revue d’Épidémiologie et de Santé Publique, Vol. 64, Supplément 2, avril, p. S97.
Ancelot L., Bonnal L., Depret M.-H. (2016) « Inégalités sociales : une explication partielle du renoncement aux soins », In : Fretel A., Bory A., Célérier S., Jany-Catrice F. (dir.), Politiques sociales en mutation : quelles opportunités et quels risques pour l’Etat social ?, UCL Presses Universitaires de Louvain, Louvain-la-Neuve, pp. 41-60.

ISSN 2495-3369

Directeur de publication Jean-Marc Bascans

Contact mail iriaf-com@univ-poitiers.fr


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