PAROLE DE CHERCHEUR

Simon Roblin est doctorant CIFRE-Calyxis à l’Institut Pprime dans le domaine de la sécurité incendie en habitat
L.G. : Quel a été ton parcours avant la thèse
Un parcours principalement Niortais ! J’ai réalisé un DUT Hygiène, Sécurité, Environnement pour ensuite m’orienter vers la Licence Sciences du Danger et le Master en Management des Risques Industriels et Environnementaux de l’IRIAF.
L.G. : Pourquoi avoir choisi de faire une thèse
C’est l’opportunité d’être spécialiste d’un sujet en gérant un projet sur trois années. Cela ouvre des portes dans le monde professionnel : la compétitivité passe par l’innovation qui elle-même passe par la recherche. C’est également une expérience humaine enrichissante. Cette chance m’a été donnée grâce à la confiance de Calyxis et de l’Institut Pprime
L.G. : Quel est ton sujet de Doctorat ?
Je travaille sur la propagation des sinistres dans des ensembles de bâtiments d’habitations et je cherche à comprendre comment un feu peut se déclarer dans une pièce attenante à un incendie. Cette analyse passe par l’étude numérique de l’auto-inflammation des solides de manière précise, tant ce phénomène est bref et local.
L.G. : Tu peux nous en dire plus sur ton travail et ses enjeux
La sécurité incendie en Etablissement Recevant du Public est réglementée mais des choses restent à faire dans l’habitat. C’est un moyen pour moi et pour Calyxis de contribuer à cette sécurisation. Etant pompier volontaire, je participe aussi à l’amélioration des conditions d’intervention des collègues.

EVENEMENT

Les 9 et 10 juin, l’IRIAF organise, avec le Centre de Recherche sur l’Intégration Economique et Financière, l’édition 2016 des Journées Internationales du Risque (JIR). Lieu de rencontre entre chercheurs, ce colloque se propose d’approfondir la réflexion sur la thématique de la gestion des risques à travers une vision globale de nature économique et financière. La transversalité des approches présentes permettra d’enrichir les débats sur le processus d’identification, de mesure et de régulation des risques. Cette année, deux conférenciers de renom, spécialistes en économie du risque, ont été invités : Christian Gollier (Toulouse School of Economics) et James K. Hammitt (Harvard Chan School of Public Health). Le programme des JIR 2016 est disponible à l’adresse suivante : http://iriaf.univ-poitiers.fr/manifestations-scientifiques/jir-2016/programme/
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UN REGARD SUR... L’ANALYSE DES RISQUES DU CYCLE DE VIE

Comme tout le monde devrait le savoir, le développement durable repose sur trois piliers : l’économie, l’environnement et le social. Généralement, l’aspect « santé & sécurité » est considéré dans le pilier social. Autre postulat international, moins bien connu : les trois piliers du développement durable doivent être évalués sur l’ensemble du cycle de vie (CV) des activités humaines. Selon l’organisme international de normalisation ISO, le CV d’un produit est défini par « l’ensemble des activités associées à un produit ou à un service depuis l’extraction des matières premières jusqu’à l’élimination des déchets » (Extraction des ressources ? Fabrication ? Utilisation ? Fin de vie). Or, les méthodes traditionnelles d’analyse des risques ne prennent pas en compte cette notion de CV. C’est pourquoi nous avons proposé une nouvelle méthode appelée A.R.C.V. (Analyse des Risques de Cycle de Vie) qui permet d’évaluer les impacts environnementaux tout le long du CV d’un système.

L’objectif de cet article vise à décrire notre nouvelle méthode A.R.C.V. et d’illustrer nos propos par une application à deux filières énergétiques : l’éolien (Eo) et le photovoltaïque (PV). Le commanditaire de notre application de l’A.R.C.V. aux filières Eo et PV était le Syndicat Intercommunal d’Energie des Deux-Sèvres. L’objectif principal de notre étude était de comparer ces deux filières de production d’électricité d’origine renouvelable.

Une A.R.C.V s’organise en plusieurs étapes :
La première est l’inventaire des situations dangereuses. Cette étape consiste en la détermination des situations dangereuses pour chaque étape du CV. Dans notre application, les filières Eo et PV comptabilisent respectivement 253 et 306 situations dangereuses.
La deuxième étape consiste dans l’évaluation du niveau de risque. Cette étape est composée de 3 phases :
La phase de classification permet de faire le lien entre les situations dangereuses et les accidents. Pour chaque situation dangereuse, les différents accidents possibles sont identifiés. Pour chaque accident, les moyens de maîtrise, en termes de prévention et de protection prévus par la loi, sont inventoriés, ainsi que les textes réglementaires associés. Chaque situation dangereuse peut donner lieu à un ou plusieurs accidents. Dans notre application, les différentes typologies d’accidents que nous pouvons rencontrer, le plus souvent, sont : l’incendie, les traumatismes physiques, l’explosion, l’accident routier, l’inhalation et le choc électrique. Nous avons répertorié pour les filières Eo et PV respectivement 315 et 339 accidents potentiels. Pour la filière Eo, deux typologies se dégagent : le traumatisme physique (31%) et l’explosion (28%). Pour la filière PV, trois typologies se dégagent : l’explosion (29%), le traumatisme physique (23%), et l’inhalation (18%).
La phase de caractérisation se traduit par une évaluation qualitative des risques en les hiérarchisant et en établissant un système de classement différenciant trois classes de risque (de la classe 1 concernant les risques les plus faibles à la classe 3 concernant les risques les plus forts). Dans notre application, la filière Eo comptabilise 10,8% de classe 1 ; 44,4% de classe 2 et 44,8% de classe 3, alors que la filière PV révèle 10% de classe 1 ; 51,5% de classe 2 et 38,5% de classe 3.
La phase d’évaluation est éventuellement réalisée pour faciliter la comparaison des cycles de vie à partir d’une méthode d’analyse multicritère. L’A.R.C.V. propose d’agréger les résultats par une moyenne arithmétique pondérée pour obtenir in fine un score unique par cycle de vie étudié.
La dernière étape consiste en l’interprétation des résultats afin d’en vérifier la pertinence par rapport aux objectifs de l’étude. Différents aspects doivent être passés en revue : les typologies d’accidents répertoriés et leur répartition, les scores des deux filières et la significativité des résultats. Les résultats de notre application ont été les suivants : pour la filière PV, les étapes les plus problématiques sont le raccordement au réseau et le démantèlement. Pour la filière Eo, il s’agit de l’étape de construction. Globalement, les écarts relatifs entres les deux filières sont faibles et ne peuvent pas être considérés comme significatifs. Il apparaît donc difficile de trancher en termes de dangerosité entre les deux filières.

Au final, l’intérêt de l’A.R.C.V est triple. Politique tout d’abord car elle permet de considérer le C.V. dans une analyse de risques, d’identifier et de quantifier les transferts de risques. Les grandes instances internationales (O.N.U., U.E.) ont adopté cette approche C.V. car elle permet de vérifier le principe de développement durable et ceci pour chaque famille de critères à considérer : économique, social et environnemental. Scientifique ensuite car l’A.R.C.V permet de savoir où il faut agir dans une recherche d’amélioration. Managérial enfin car l’A.R.C.V. permet une comparaison des risques de différents systèmes rendant le même service. Elle peut être très utile dans le contexte d’acceptation sociale de technologies considérées comme dangereuses. Cet aspect est d’autant plus important qu’une installation considérée comme « sûre » pendant sa phase d’exploitation sur un territoire donné peut être très dangereuse lors de la construction des composants dans un autre pays.

L’A.R.C.V. est à ce jour un outil perfectible. La méthodologie proposée soulève quelques questions en termes d’exhaustivité de l’inventaire des accidents possibles. Elle est toutefois dans l’air du temps puisqu’une équipe chinoise a également proposé une démarche similaire à la nôtre en utilisant le même terme (L.C.R.A. pour Life Cycle Risk Assessment).

Patrick Rousseaux & Michel Lichou, Université de Poitiers, IRIAF, Institut P’

Quelques travaux des enseignants-chercheurs de l’IRIAF sur la question

AISSANI L., JABOUILLE F., BOURGOIS J. & ROUSSEAUX P., (2011), A new methodology for risk evaluation taking into account the whole life cycle (LCRA): Validation with case study, Process Safety and Environmental Protection, Vol. 90, N°4, pp. 295-303.
ROUSSEAUX, P., LICHOU, M. & ALKOSHAK, O., (2015), Analyse des risques du cycle de vie : application à deux filières énergétiques en France. Revue française de Gestion industrielle, Vol. 34, N°2, pp 7-24.

ISSN 2495-3369

Directeur de publication Jean-Marc Bascans

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