N°17 - 29 mai 2013 -
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-- Numéro spécial --
Colloque "Assurance, Santé, Territoires
Santé et grande précarité des femmes enceintes
La troisième édition des Journées Internationales du Risque a eu lieu ce 23 mai 2013. La thématique, cette année, était "Assurance, santé, territoires". Six travaux ont été présentés servant de base aux discussions avec les participants.

La réussite de ce colloque se mesure aussi bien par la qualité et l'intérêt des travaux présentés que par l'importance et la diversité des participants.

Intérêt des présentations qui apportaient soit un éclairage de situations factuelles (panorama de la précarité, régionalisation de la santé, accès aux soins et proximité), soit une base de réflexion sur des problématiques plus précises (assurance dépendance, précarité des femmes enceintes, analyse médico-économique).

Qualité des échanges du fait du nombre des participants et surtout de leur diversité. En effet, nous avons dénombré plus de 40 participants représentant 21 organisations différentes (ARS Poitou-Charentes, CARSAT Centre Ouest, CASNOS, CHU de Poitiers, CH de Niort, CPAM de Niort, DRJSCS Poitou-Charentes, ENAMAS, laboratoire CDPD de l'Université de Lille, laboratoire CRIEF de l'Université de Poitiers, laboratoire IC2MP de l'Université de Poitiers, laboratoire LEG de l'Université de Bourgogne, INSEE Limousin, IRDES, IRIAF, MACIF, MAIF, ORS Poitou-Charentes, SMACL, Stratégique santé, Ville de Niort).

Ce numéro 17 de SAS Info est un numéro spécial qui permet de faire un focus rapide (trop !) sur trois articles présentés lors de ce colloque. Mais, si vous le souhaitez, vous pouvez prendre contact avec Lydie Ancelot et Cornel Oros (IRIAF-CRIEF), les référents recherche de cette manifestation, pour des informations complémentaires.
L'objet de l'article présenté par Lydie Ancelot était d'identifier l'impact de la précarité sur la santé à travers le cas singulier des femmes enceintes et des nourrissons.
L'étude se fonde sur une base de données originale construite et alimentée par une sage-femme de la maternité Port Royal de Paris. 2904 femmes sont recensées (données de 2011) dans le cadre de cette étude et ont recours aux mêmes critères d'inclusion que les enquêtes nationales périnatales de l'INSERM. Parmi cette population, 2771 femmes sont considérées en situation de "non précarité", tandis que 133 femmes sont qualifiées de "grandes précaires". La grande précarité est ici définie dans le sens où une femme a été, à un moment ou à un autre de sa grossesse, suivie par le Samu Social de Paris.
Cette étude permet d'identifier les principales caractéristiques socio-démographiques des femmes enceintes en situation de grande précarité, particulièrement leur nationalité et leur mode de vie. L'étude permet aussi de mettre en avant les principaux facteurs de risque de la grande précarité sur la santé des femmes enceintes et des nourrissons : manque de suivi, non depistage du diabète gestationnel, par exemple. Enfin, l'étude fait ressortir quelques résultats sur l'impact, ou non, de la précarité sur l'accouchement et l'état de santé du nourrisson à la naissance : pas d'impact sur le mode d'accouchement, sur le mode d'anesthésie et sur les pathologies subies par les femmes suite à l'accouchement, pas de mortalité plus importante du nourrisson à la naissance, par exemple. Il est intéressant de noter que certains des résultats présentés sont en opposition avec d'autres études.
Cette première étude ouvre des perspectives de recherche à développer. En effet, par exemple, il sera intéressant de comparer ces données de 2011 aux autres données collectées depuis par la maternité Port Royal, voire à des données collectées par d'autres maternités. Parallèlement, il conviendra également d'approfondir la notion de grande précarité et d'en affiner sa mesure. Ainsi le fait d'être bénéficiaire de la CMU-C, d'être sans couverture maladie ou de ne pas bénéficier d'une complémentaire santé impacte-t-il le suivi de grossesse, l'accouchement et la santé des femmes enceintes et des nourrissons?
Perception du risque dépendance et demande d'assurance
Accès aux soins et proximité, cas du Limousin
L'article présenté par Roméo Fontaine, "Perception du risque dépendance et demande d'assurance : une analyse à partir de l'enquête PATER", pose le problème de la perception du risque dépendance par l'individu dans sa décision de se couvrir par le biais d'une assurance. L'originalité de ce travail est d'étudier la relation entre les spécificités du risque dépendance et les préférences d'un individu.
A partir de trois caractéristiques du risque dépendance (risque long, risque financier, existence d'une aide informelle), quatre dimensions liées aux préférences de l'individu sont analysées : préférence pour le présent, aversion au risque, utilité croisée état de santé/richesse et l'altruisme de l'individu. Ainsi, par cette construction, l'intérêt de ce travail est d'apporter des éléments importants pour prendre en compte les problématiques de la rationalité limitée, de la myopie et du déni de l'individu face au risque dépendance.
Les résultats présentés confirment des résultats déjà connus, mais surtout précisent l'ambiguïté entre avoir une perception du risque et avoir recours à une assurance dépendance. Si les caractéristiques socio-démographiques (âge, genre, structure de la cellule familiale, éducation, revenu, morbidité) influencent faiblement l'individu à recourir à une assurance, elles expliquent significativement la capacité de l'individu de percevoir le risque. Le facteur "préférences des individus" explique partiellement le non recours à l'assurance dépendance. Résultat intéressant car il met en lumière toute l'importance de la prise en compte de la myopie de l'individu face à ce risque dépendance.
Ce travail, sur des données récentes françaises, apporte des informations à prendre en compte pour répondre à la question brûlante du financement de la dépendance et plus spécifiquement dans l'organisation de sa prise en charge entre l'Etat, les assureurs et le réseau social de l'individu en situation de perte d'autonomie.
L'article présenté par Pascal Prévôt, "En limousin, l'accès aux soins n'est pas qu'affaire de distance", est le résultat d'une étude réalisée dans le cadre d’un partenariat entre l’ARS Limousin et l’INSEE Limousin.
Si l'accès aux soins médicaux figure au tout premier rang des attentes des habitants, l'organisation spatiale de ceux-ci est le premier levier qui permet de répondre à cette préoccupation. L'amélioration de l'accès aux services et structures de santé est ainsi un enjeu primordial de la loi Hôpital, patients, santé et territoires du 21 juillet 2009. L’objectif est d’offrir des soins de qualité au plus près de la population. En Limousin, région rurale par excellence où la problématique liée à l'éloignement des soins de santé est très prégnante, cette accessibilité est un axe central du Projet régional de santé (PRS).
En théorie, les Limousins sont plus éloignés des structures hospitalières que la moyenne des Français. Toutes spécialités confondues, un patient hospitalisé en 2010 mettait 21 minutes pour se rendre à l'établissement le plus proche, soit six minutes de plus que la moyenne nationale. Dans les faits, les patients ne se rendent pas toujours dans la structure la plus proche de leur domicile, même si la spécialité recherchée y est pratiquée. Pour des raisons liées à la réputation d'un établissement ou d'un praticien, aux délais de prise en charge, ou encore pour des raisons de proximité familiale, ils peuvent être amenés à s'éloigner de leur domicile.
Les difficultés d’accès aux soins hospitaliers ne peuvent se résumer aux seuls temps de trajet. Même si un maillage suffisamment dense d’établissements de santé s’avère nécessaire, les faits démontrent que, pour des raisons diverses, les patients ne vont pas toujours dans l’établissement de santé le plus proche. Difficultés d'accès aux transports, problèmes de prise en charge financière ou autres difficultés d’ordre social sont autant d’éléments à prendre en compte.
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