Gazette Recherche N°9

PAROLE DE CHERCHEUR

Pierre Picard est professeur d’économie à l’Ecole Polytechnique. Il a été éditeur des Annals of Economics and Statistics et de la Geneva Risk and Insurance Review. Il sera l’un des conférenciers invités des Journées Internationales du Risque (JIR) qui auront lieu les 20 et 21 juin à Niort.
GR : Quels sont vos sujets de prédilection en matière de recherche ?
P.P. : Je m’intéresse principalement à analyser les raisons pour lesquelles les marchés d’assurance fonctionnent de manière plus ou moins efficace : risques catastrophiques, fraude sur les marchés d’assurance, couverture des grandes entreprises, interaction entre mutuelles et sociétés d’assurance, contrats d’assurance santé… Comme vous le voyez, c’est assez éclectique !
GR : En quoi vos travaux récents contribuent-ils à éclairer d’un jour nouveau nos connaissances en économie de l’assurance ?
P.P. : Avec un étudiant de doctorat de l’Ecole Polytechnique, Alexis Louaas, nous réfléchissons aux déterminants d’une responsabilité optimale des entreprises à l’origine de risques catastrophiques, comme un accident nucléaire. Ces travaux montrent comment les mécanismes de « transferts alternatifs de risques » sur les marchés financiers permettent d’évaluer le coût économique de ces risques de faible probabilité et de grande intensité, et de déterminer leur couverture d’assurance optimale.
GR : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur le sujet de votre conférence lors des JIR ?
P.P :
Ma présentation sera basée sur un article en cours de rédaction avec Jean-Marc Bourgeon (INRA et Ecole Polytechnique). Elle concerne la relation entre le droit de l’assurance et les mécanismes de risque moral lorsque les contrats sont incomplets, c’est-à-dire lorsqu’il y a une telle diversité des circonstances qui peuvent conduire à un dommage qu’on ne peut les décrire de manière exhaustive dans la police d’assurance.

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Un regard sur ... les déterminants intergénérationnels des inégalités de santé


Et si l’état de santé d’un individu était lié aux comportements adoptés par ses parents, parfois avant même sa naissance ? Cette hypothèse — commune aux épidémiologistes, aux généticiens et aux économistes — est aujourd’hui l’objet de nombreuses recherches. Toutefois, peu de travaux ont étudié l’impact du renoncement aux soins liés à la grossesse de la future mère sur l’état de santé de son nourrisson à la naissance. Nos résultats montrent pourtant que les femmes ayant renoncé à des soins périnataux durant la grossesse ont une probabilité plus forte de donner naissance à un nourrisson connaissant un problème de santé. Ces résultats militent pour des actions spécifiques en faveur des femmes en situation de précarité, d’isolement social et de détresse psychologique.
De nombreuses études montrent que la persistance d’inégalités intergénérationnelles reste de nos jours encore relativement fortes à travers le monde (voir Gazette Recherche n° 6). Qu’en est-il en matière de santé ? Les travaux sur la question montrent que les inégalités de santé peuvent se transmettre d’une génération à l’autre. Les économistes de la santé soulignent ainsi l’influence de l’état de santé durant l’enfance et l’adolescence sur les trajectoires de vie et donc sur la santé à l’âge adulte. Ces travaux sont corroborés par des recherches issues d’autres disciplines. Les études menées en épidémiologie sociale de la santé mettent ainsi en évidence les liens entre le développement in utero et l’état de santé de l’enfant aux différentes étapes de la vie. Plus récemment, les recherches menées en épigénétique montrent également que les facteurs nutritionnels, environnementaux et donc familiaux ont un fort impact sur le développement du fœtus et de l’enfant. Tous ces travaux convergent ainsi vers l’idée que l’état de santé d’un individu est en grande partie lié aux comportements adoptés par ses parents, parfois avant même sa naissance. Nos travaux viennent compléter cette idée et ces études en étudiant l’impact du renoncement aux soins liés à la grossesse de la future mère sur l’état de santé de son nourrisson à la naissance. Pour ce faire, nous utilisons les données de l’Enquête Nationale Périnatale (ENP) menée en 2010.

Nos travaux font ressortir plusieurs résultats intéressants puisqu’ils permettent à la fois de mieux comprendre les mécanismes à l’origine des inégalités sociales de santé observées dès la naissance et de formuler des recommandations utiles à l’adresse des décideurs publics. Ils confirment tout d’abord le caractère multifactoriel des déterminants du renoncement aux soins liés à la grossesse des femmes. Celui-ci s’explique ainsi à la fois par des inégalités sociales (situation professionnelle de la femme, revenu du ménage), des inégalités « informationnelles » (inégalités d’accès et de compréhension de l’information sur la grossesse) et des inégalités de « capital-santé » (antécédents médicaux de la femme et mauvaise expérience de grossesse). Notre étude montre également que le renoncement aux soins est lié à la manière dont la femme « vit » sa grossesse (présence d’un entourage familial ou social, état de santé psychologique, comportements à risque).

Parallèlement, nos travaux montrent que la survenance d’un problème de santé (taille, poids ou périmètre crânien « hors norme » ; réanimation et/ou transfert du nourrisson dans un service néonatal, anomalie congénitale) chez le nourrisson à la naissance apparait fortement corrélée avec les comportements à risque des femmes durant la grossesse (alcool, tabac, drogue), l’expérience passée de la mère en termes de maternité (hypotrophie ou prématurité), le déroulement de la grossesse en cours (prise de poids, accouchement sous césarienne) et le type de maternité où elles ont accouché (statut, taille, proximité). A contrario, les déterminants socio-économiques de la mère (diplôme, nationalité, situations familiale et professionnelle, revenu, couverture mutuelle) n’ont quasiment pas d’impact sur la probabilité que le nourrisson ait un problème de santé à la naissance. Il en est de même des facteurs psychologiques. Nos travaux montrent enfin que les problèmes de santé de la mère et son renoncement aux soins durant la grossesse augmentent sensiblement la probabilité que le nourrisson ait un problème de santé à la naissance. L’interaction entre l’état de santé de la mère durant la grossesse et le renoncement aux soins précise ces résultats. La probabilité qu’un nourrisson ait un problème de santé à la naissance augmente en effet lorsque sa mère a connu des problèmes de santé ou a renoncé à des soins durant la grossesse. De plus, nos résultats mettent en lumière le caractère cumulatif de ces deux facteurs. Les femmes ayant renoncé à des soins périnataux et ayant connu des problèmes de santé durant la grossesse ont ainsi une probabilité plus forte de donner naissance à un nourrisson connaissant un problème de santé.

En termes de politique de santé périnatale, nos résultats militent pour des actions spécifiques en faveur des femmes susceptibles de renoncer à des soins durant leur grossesse. Cela peut passer par une meilleure prise en charge des dépenses de santé plus en amont qu’actuellement (avant le début du dernier trimestre de grossesse), par des campagnes d’information des femmes enceintes plus ciblées ou encore par un meilleur accompagnement psycho-social des femmes en situation de vulnérabilité. Ces éléments doivent naturellement être pris en compte par les décideurs publics pour mieux cibler encore les facteurs de risque pour les nourrissons et adapter davantage le suivi des femmes enceintes en fonction de leur profil (socio-économique, comportemental, psychologique) et de leur trajectoire de vie.

Publications des chercheurs de l’IRIAF sur ce thème :
Ancelot L., Bonnal L., Depret M.H. (2018) « Renoncer aux soins périnataux : quelles conséquences sur l’état de santé du nourrisson ? », Revue Economique, Vol. 69, n° 3, mai, pp. 373-405.
Ancelot L., Bonnal L., Depret M.H. (2017) « Les déterminants du renoncement aux soins des femmes durant leur grossesse », Revue Française d’Economie, n° 4/Vol XXXI, pp. 51-95.
Ancelot L., Bonnal L., Depret M.H. (2016) « Inégalité sociales : une explication partielle du renoncement aux soins », In : Fretel A., Bory A., Célérier S., Jany-Catrice F. (dir.), Politiques sociales en mutation : quelles opportunités et quels risques pour l’Etat social ?, UCL Presses Universitaires de Louvain, Louvain-la-Neuve, pp. 41-60.
Ancelot L., Depret M.H. (2016) « Le renoncement aux soins chez les femmes enceintes : une analyse empirique à partir de l’Enquête nationale périnatale », Revue d'Épidémiologie et de Santé Publique, Vol. 64, Supplément 2, avril, p. S97.
Ancelot L., Depret M.H. (2013) « Santé et grande précarité : une analyse empirique d’un dispositif d’accompagnement des femmes enceintes », Revue d'Épidémiologie et de Santé Publique, Vol. 61, Supplément 4, octobre, p. S207.

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EVENEMENT : CONFERENCE

 En partenariat avec Prévention MAIF, l’IRIAF et l’Institut Pprime organisent un évènement dédié au risque incendie dans les habitats, le 14 juin à 18h00, au sein de l’amphithéâtre de l’ESPE (Bâtiment B20) sur le campus de Poitiers. En effet, nos habitats évoluant fortement ces dernières années (architectures, matériaux de construction et d’isolation, aménagements intérieurs et mobiliers, domotique, etc.), il convient de mieux comprendre les feux dans ces nouveaux environnements pour les prévenir et s’en protéger. C'est l'objet de cette présentation grand public où des universitaires et experts dans ces domaines en lien les services de secours vont décrire ces phénomènes et donner des informations sur leur gravité et les moyens à mettre en œuvre pour s'en protéger. Au-delà, ils donneront des éléments sur la conduite à tenir dans des circonstances de mise en danger de l'habitat.

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