Gazette Recherche N°6

PAROLE DE CHERCHEUR

Roméo Fontaine est chargé de recherche à l’Institut National d’Etudes Démographiques. Il est spécialiste des questions liées à la perte d’autonomie et à la dépendance des séniors. Il participera à la journée d’étude organisée le 15 juin à l’IRIAF sur cette question.
G.R. : En quoi la question de la perte d’autonomie constitue-t-elle un enjeu de société ?
R.F. : Avant tout, parce que la perte d’autonomie est un risque qui concerne potentiellement toutes les personnes âgées et qu’elle a des répercussions considérables sur la qualité de vie. Sans compter la charge qui pèse sur les familles et l’extrême fragilité économique du secteur médico-social… En termes de prise en charge, ces constats nous interrogent nécessairement : souhaite-t-on davantage sociabiliser cette prise en charge ? Se reposer sur les solidarités privées ? Sur une mobilisation accrue de la responsabilité individuelle ?
G.R. : En raison du vieillissement de la population, le financement de la dépendance est-il insoluble ?
R.F. : Non, pas du tout. Il faut garder à l’esprit les ordres de grandeur : les dépenses publiques associées à la perte d’autonomie (hors soins) représentent 12 milliards d’euros par an. Ce montant augmente du fait du vieillissement, mais il est, au final, modeste, comparé aux autres budgets sociaux. Si la nécessité de réformer notre système de prise en charge est partagée par tous, la difficulté est, encore une fois, de se mettre d’accord sur les sources et les modalités de financement.
G.R. : La solution passe-t-elle par le recours au financement privé ?
R.F. : Il existe effectivement différents leviers pour soutenir le développement du marché de l’assurance dépendance, faciliter les sorties en rente dépendance des assurances vie ou développer les prêts viagers hypothécaires. Mais tout le monde ne peut pas recourir à ces financements privés. On peut aussi s’interroger sur la possibilité de conditionner l’aide sociale aux patrimoines des bénéficiaires, ce qui permettrait, à ressource publique donnée, de réorienter l’effort public vers les personnes âgées les plus fragiles.
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Un regard sur... les inégalités intergénérationnelles

De nos jours, l’idée que le milieu d’origine des parents ne doit pas déterminer les trajectoires individuelles de leurs enfants est une caractéristique essentielle d'une économie saine et constitue un droit dans beaucoup de sociétés. Pourtant, les études économiques montrent que la persistance d’inégalités intergénérationnelles reste forte à travers le monde.

Cette persistance intergénérationnelle décrit dans quelle mesure les attributs des parents sont retransmis à leurs propres enfants : revenus, richesse, consommation, éducation, statut socioéconomique… Autrement dit, si la persistance intergénérationnelle est élevée, les différences d’attributs entre les parents se répercutent fortement sur leurs enfants et l’héritage des inégalités est important. Les inégalités se creusant de génération en génération, la transmission des inégalités devient alors de plus en plus difficile à accepter. Elle est aujourd’hui une source de débats et de protestations dans beaucoup de pays.

Pourquoi la persistance intergénérationnelle est-elle toujours élevée ? L’héritage biologique et l'héritage social en sont les deux explications principales. D’une part, les parents favorisés peuvent avoir des aptitudes leur assurant une meilleure éducation et un revenu plus grand. D’autre part, les parents peuvent également influencer la position de leurs enfants par le biais de divers canaux sociaux. Or, la transmission biologique est irréversible alors que la transmission sociale ne l’est pas. L’enjeu est donc de déterminer ce qui mue l'héritage social. Est-il en partie « codé dans les gènes humains » ou pouvons-nous le « remodeler au travers des institutions ? Quels sont les leviers politiques et institutionnels pour limiter la persistance intergénérationnelle et favoriser la mobilité des individus ? Ce « regard sur… » vise à apporter des éléments de réponse à ces questions en prenant la Chine pour cas d’étude.

Le développement économique rapide de la Chine en fait un champ d’étude exceptionnel. Pour beaucoup d’économistes, ce sont les inégalités de revenus qui génèrent la croissance économique, avant que celle-ci ne permette de réduire à son tour les inégalités. Considérées comme « justes », ces inégalités de revenus sont le signe que l’économie fonctionne de manière « efficace ». D’après Lewis (1954), la croissance est en effet imputable à l’expansion rapide des secteurs modernes urbains, rendue possible par la migration des travailleurs des secteurs traditionnels agricoles et l’accumulation du capital. Or, c’est la forte différence de salaires entre les deux secteurs et le surplus de travail dans l’agriculture qui nourrissent la migration. Les travailleurs des secteurs modernes sont donc rémunérés au niveau de leur productivité marginale, tandis que ceux des secteurs primaires perçoivent leur revenu de subsistance. Ainsi, les inégalités entretiennent la croissance économique. La courbe (en U-inversé) de Kuznets prédit alors que les inégalités vont s’accroitre à mesure que l’économie se développe, puis que la croissance va profiter à tout le monde de manière à ce que les inégalités diminuent dans le temps.
Ces théories sont-elles applicables à la Chine ? En premier lieu, étant donné que le modèle de croissance chinois suit le modèle de Lewis, on serait enclin à penser que l’accroissement des inégalités soit un mal nécessaire. Toutefois, l’arbitrage entre inégalité de revenus et croissance économique n’est pas nécessairement obligatoire. En fait, en Chine, les périodes de croissance rapide n’ont pas été soutenues par plus d’inégalités. En second lieu, la fulgurante croissance chinoise s’explique par trois facteurs qui façonnent la courbe de Kuznets : la croissance de la force de travail, la hausse des compétences et le déséquilibre entre les secteurs technologiques. Par conséquent, on serait une fois de plus enclin à croire que la hausse des inégalités de revenus est naturelle et sert la croissance économique, et que ces dernières se réduiront au fur et à mesure que la richesse se diffusera dans les différents secteurs de l’économie. Cependant, la Chine ne semble pas suivre la courbe de Kuznets comme d’autres pays. Les inégalités de revenus en Chine sont en effet de loin supérieures à la moyenne des inégalités constatées dans les autres pays ayant un niveau de croissance similaire.

Comment expliquer cela ? Il semblerait que le fort niveau d’inégalité en Chine reflète en réalité un disfonctionnement des marchés. La transmission des inégalités de revenus explique en effet quasiment la moitié des différences de revenus, et la transmission des inégalités de consommation plus de 80% des inégalités de consommation à la génération suivante. Par ailleurs, une augmentation de la consommation (des revenus) des parents de 1% induit une hausse de la consommation (des revenus) des enfants de seulement 0,58%. La transmission des inégalités entre génération est toutefois plus importante dans les zones rurales, pour les citoyens ruraux des zones urbaines et pour les plus pauvres. En d’autres termes, la mobilité sociale en Chine est trop faible. L’éducation reste toutefois un vecteur par lequel la persistance intergénérationnelle est atténuée. Les fortes inégalités en Chine sont donc signe d’un fonctionnement des marchés inefficaces et une cause potentielle de tensions sociales qui sont préjudiciables au développement du pays.

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EVENEMENT

La conférence internationale de référence dans le domaine de l’incendie, organisée par l’International Association for Fire Safety Science (IAFSS), aura lieu à Lund (Suède) du 12 au 16 juin. A cette occasion, des groupes de travail se réuniront afin de mener des réflexions et de coordonner les activités de recherche sur des thématiques présentant des verrous scientifiques forts. Cette année, dans le cadre du groupe de travail McFP (Measurement and Computation of Fire Phenomena), une équipe, coordonnée par Thomas ROGAUME (IRIAF-Université de Poitiers) avec Stanislav STOLIAROV (Université du Maryland) et Morgan BRUNS (NIST), a été chargée de réfléchir sur la problématique de la dégradation thermique de matériaux solides. Son objectif : mettre en commun l’ensemble des travaux (expérimentaux et numériques) sur la dégradation thermique des solides.

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